Forum autisme

Forum Pour un abord clinique de l’autisme

À Dole, le 24 octobre 2012.

Par Sophie Gaillard, ACf B F-C

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L’ACf Bourgogne Franche-Comté et l’association Lieu-Dit ont prit part au formidable mouvement de défense de l’abord psychanalytique dans le traitement de l’autisme en mobilisant des professionnels concernés.

L’accueil qui nous a été réservé était somptueux et nous tenons à remercier la Mairie de Dole d’avoir permis la réalisation de ce forum au cœur de la cité.

Marga KARSZ-MENDELENKO, Présidente de Lieu-Dit et Membre de L’ECf, a ouvert ce Forum avec Sylvie LAROCHE, 1ère adjointe à la Mairie de Dole, chargée des services à la population, des solidarités et des ressources humaines et vice-présidente du Conseil Régional.

Une ouverture qui interroge le sens de Pour un abord clinique de l’autisme et pose les fondements d’une approche psychanalytique autour d’un pari : prit dans sa singularité, le sujet possède un savoir, des connaissances ; nous l’accueillons sans préjugés ni a priori. Il s’agit non pas d’imposer une conduite mais de suivre le sujet, de l’accompagner dans sa créativité. Nous supposons chez tout sujet la possibilité de trouver des modalités pour faire avec ce qu’il est, tout en arrivant à être dans le lien social de façon fructueuse. Nous supposons la famille comme un partenaire, qu’elle possède déjà un savoir y faire avec ces sujets. La tonalité du Forum est ainsi donnée.

Sylvie Laroche reprend la question du lien social en insistant sur le manque, le trou de savoir au sujet de l’autisme : le spectre reste vaste et interroge peu les élus. Des études sont en cours mais les familles restent trop souvent isolées.

L’orientation lacanienne a été représentée mais pas seulement. Des professionnels d’institutions variées telles que l’Éducation Nationale, la santé mentale ou encore le champ social ont présenté des travaux issus de pratiques diversifiées.

C’est autour de deux tables rondes que les discussions se sont conduites : Discours croisés dans l’accueil d’enfants dits-autistes et Ce que nous enseignent les sujets dits-autistes.

  1. Discours croisés dans l’accueil d’enfants dits-autistes :

Il nous a été possible d’entendre des professionnels de pédopsychiatrie et CAMSP, membres de l’ACf B F-C, telles que Isabelle CHAVENEAU, pédopsychiatre, et moi-même, psychologue clinicienne, membre également de Lieu-dit.

Isabelle CHAVENEAU est intervenue sur le thème d’un maillage possible dans la prise en charge de petits enfants autistes : «  Nous décrivons un dispositif groupal d’accompagnement des parents de jeunes enfants autistes, suivis dans notre CMP. Quatre enfants de 4 et 5 ans sont suivis (entre autre) depuis un an, dans un groupe hebdomadaire d’1 h 30 (comprenant un goûter) avec une infirmière, une orthophoniste, une psychomotricienne.

En octobre 2011 nous avons introduit, une fois par mois, les parents dans le groupe des enfants, en complétant l’équipe ce jour là de la psychologue de l’unité. L’enfant repère ce temps par un logo qu’il amène de chez lui. L’objectif de ce dispositif est d’accompagner les parents dans un « être et faire avec parents, enfants et soignants » et permettre un « autre échange » entre ces parents qui se connaissent déjà, se rencontrant chaque semaine en salle d’attente depuis un an. Dans ce dispositif, les parents nous adressent, leur question, leur demande de « recettes », ils nous font part de leur difficulté, ou colère parfois, et du sentiment d’isolement qu’ils peuvent ressentir, abrasé par l’effet groupal. Par ailleurs, la présence des enfants a permis à chaque parent un regard singulier sur son enfant, et sur sa relation à lui : « autiste » n’est pas le seul signifiant pour cet enfant qui est d’abord un enfant et le leur… ». Isabelle CHAVENEAU conclue sur la position qu’elle défend celle de la place de la pédopsychiatrie pour ces enfants.

J’ai choisi de parler de la présence de l’intervenant et ses effets auprès de l’enfant et de sa famille à partir de mon expérience en CAMSP. Comment entendre Laura qui ne parle pas ? Laura a deux ans et demi quand je la reçois avec ses parents. Cette rencontre est devenue le Lieu de Laura, là où le dire qui la concerne a sa place. Les parents de Laura ont reconnu leur fille là où elle était devenue une étrangère. Ils ont pu exprimer toute l’errance parcourue dans ces chemins inconnus où leur petite fille les entraîne. Travailler avec la famille c’est l’accepter telle qu’elle est, entendre sa particularité. Dans le travail au quotidien en institution, quand on sent que ça ne colle pas, apparaît à chacun l’évidence qu’aucune bonne pratique ne nous permet de faire l’économie de notre désir. Le travail délicat, si difficile et si plein de responsabilité, que comporte la tentative d’approche, la perspective d’une éclosion de la position subjective, la possibilité d’une inscription dans le monde social d’enfants et d’adolescents marqués par des troubles graves de la personnalité ou bien par l’autisme invite à se questionner encore et encore.

Laura a continué son chemin avec l’aide d’intervenants concernés, certains ont pu venir sur mon invitation ce soir là pour en parler : Une orthophoniste, Marie-Noëlle CHAILLET et deux infirmières, Mathilde GUEHL et Evelyne ROTHE qui ont mis en relief un travail à plusieurs dans un service de pédopsychiatrie. Leurs exposés avaient pour thème : Le chemin de Laura : complexité dans la prise en charge d’enfants présentant des signes autistiques. Nous avons entendu comment cet enfant est entré dans le processus d’énonciation seule voie possible pour que naisse un sujet. La rencontre de Laura et de Mathilde GUEHL se compose à partir d’une mine de crayon, fait surprenant mais saisissant, là où le praticien s’adapte, suit le mouvement proposé par l’enfant, marquant les points de surgissement du sujet.

Le chemin de Laura illustre une clinique qui rend compte du positionnement et de l’implication de l’intervenant car il n’y a pas de modification s’il ne met pas son être de sujet au cœur du dispositif.

Thierry VIGNERON, analyste membre de l’Ecole, a conclue cette première table ronde par une magnifique présentation intitulée : La parole, l’analyste où il évoque un sujet prit « dans l’immuable et la solitude, évitant l’Autre dans son refus de la voix et du regard. Il témoigne pourtant d’une passion du chiffre. L’âge précoce de cet enfant permet sans doute que se rompe plus vite ce qui n’est immuable, via l’insertion d’un appareillage fictionnel de la jouissance branché sur un point de répétition». Le cas de Ben, 2 ans et demi, se décline à partir de trois points, au-delà de la clinique psychiatrique : la parole, l’objet et l’espace.

Que peut un traitement par la parole quand le sujet n’est pris dans aucun discours ? Comme l’indique Thierry VIGNERON, il s’agit d’essayer de saisir un « instant sujet », un « moment d’émergence qui ne suppose nulle observation, puisque cette émergence ne se produit qu’avec celui qui se fait le destinataire, et fait de son corps le lieu de recueil des signes minimes, des infimes détails qui témoignent de la présence fugace mais certaine du sujet ». Où se loge le sujet ? Et « supposer toujours, non pas qu’il y a une histoire mais un savoir dans le réel (Note italienne, Lacan) ».

  1. Ce que nous enseignent les sujets dits-autistes :

Jean-Louis BELIN, membre de Lieu-Dit, est intervenu sur la nécessaire disponibilité du psychiatre dans un centre d’accueil pour adultes dits-autistes, où il exerce, en illustrant son propos à partir d’une rencontre intitulée : Le pain grillé et le gâteau. « Le sujet dit-autiste, nous dit-il, est condamné à la créativité, charge à celui qui le rencontre d’accompagner ses inventions. Suite à une réunion pluridisciplinaire à son sujet, Pierre émet le souhait de rencontrer le médecin régulièrement en alternance avec la psychologue. Il fixera le temps de la séance, le médium utilisé (dessiner des ronds sur un papier) et fera émerger des signifiants autours de ses crises d’angoisses. Ces signifiants émergent et permutent de séances en séances. Le médecin accueille ces dires en « secrétaire » sans les figer en significations ».

Chantal REVAILLOT, membre de Lieu-Dit, formatrice dans un institut de formation en travail social, est intervenue sur un travail d’ouverture à l’écoute et à la créativité avec des assistants familiaux à partir de l’ouvrage de Daniel TAMMET. Son exposé s’intitule : N’être autiste pour naître sujet. Elle a pris pour exemple « le vécu de l’auteur (Daniel TAMMET) et l’inventivité de ses parents pour transmettre aux assistants familiaux l’idée d’un accueil et d’une prise en charge au cas par cas pour chaque enfant accueilli. Non pas des méthodes universelles pour faire face à telle ou telle pathologie, mais des tentatives de rencontre avec l’autre singulier dans une présence et un étonnement toujours renouvelé ».

Annie CRANCE, professeur de sciences et vie de la terre en collège, nous a offert une belle illustration de l’accompagnement au cas par cas et de la place du désir d’un professionnel éclairé. Elle a intitulé son intervention : Au collège… « Parmi tous les enfants, nous dit-elle, qui nous sont confiés, un certain nombre d’entre eux, sans être de structure autiste, se retrouvent en situation de difficulté extrême et développent une position de repli autistique, plus ou moins bruyante, tentant de faire entendre l’insupportable auquel ils sont confrontés. La situation scolaire de Damien à l’école primaire a été particulièrement catastrophique et il semble in envisageable d’imaginer sa scolarisation dans une classe de 6ème.Pourtant Damien intègre normalement le collège à la rentrée et, contre toute attente, rien de ce qui avait été prédit de son comportement ne s’est produit. »

Didier MATHEY, psychanalyste membre de l’ECf et délégué régional de l’ACf Bourgogne Franche-Comté a exposé la rencontre avec un enfant de 4 ans et demi, durant presque sept ans, structurée sur trois séances par semaines : Des bouts de rien pour border un regard ou d’un chaos à une photo.

Cet enfant parle «  avec une jargonophasie invasive, nous dit-il, qui recrute tous les registres phonétiques – comme si toutes les langues y étaient -, autant en expirant qu’en inspirant, sans point d’arrêt ». Il ne présente « pas d’histoire, à aucun niveau de ce qui fait existence humaine : un blanc absolu ». L’analyste se fait docile à ce qui s’impose au sujet, propose et non impose, des petits bouts de rien figurés par des Duplos, éléments encastrables. Une forme se compose, l’analyste suit de Un à Deux, l’échange s’essaye : « Je le laisse faire alors avec les Duplos, et extrait, quand je peux, un élément du cercle infernal de ses jambes, et le dispose à l’extérieur. Bout de rien, rien de la Lettre, Un de la Lettre, hors sens hors toute articulation. » Une scansion introduite par l’analyste comme évènement de corps produit un effet sujet.

A la fin de l’ultime séance, une parole de mère vient poser un repère : depuis quelques mois l’enfant reproduit à la maison ce qu’il construit en séance, un second temps est celui de la photographie qu’il transfère dans un ordinateur, celui du père. Un bord a été construit au regard, «  il a trouvé à se loger dans l’ordinateur de son père ».

Enfin nous avons eu l’honneur d’accueillir Virginie BOCCARD, directrice des Scènes du Jura autour d’une conversation à trois avec Marga KARSZ-MENDELENKO et Christine GUITON, membre de Lieu-Dit, au sujet de la pièce de théâtre Les papotins ou la tâche de Mariotte, adaptationdu journal Le Papotin dont les auteurs sont des sujets dits-autistes. Le metteur en scène Eric PETITJEAN, que nous avions invité, n’a pas pu faire le déplacement depuis Paris pour participer à ce Forum. En revanche, Marga KARSZ-MENDELENKO et Christine GUITON l’ont rencontré deux semaines avant cette soirée. De ce fait, elles nous ont présenté la pièce et le point d’où Eric PETITJEAN s’instruit des rencontres avec ces journalistes qui se nomment « les atypiques ». Depuis plus de vingt ans, ils se réunissent au Théâtre du Lucernaire à Paris et réalisent des interviews de personnalités.

Virginie BOCCARD nous a lu un passage de l’argument de Scènes du Jura que je vous retranscris ici tant il évoque le verbe lacanien : «  l’autisme (pardon, l’atypique) n’a pas accès aux symboles, aux métaphores : il est concret, absolument concret. Parfois il invente des mots ou transforme radicalement leur sens. Si ce spectacle n’avait qu’un seul mérite, ce serait de nous présenter l’autisme non pas comme une pathologie, mais bien comme l’invention d’une langue, d’une langue dans la langue. ».

Nous avons pu aborder ensuite à la manière d’un débat la question de la différence, de la ségrégation et du choix du sujet dans sa thérapeutique et sa vie.

Ce fut un moment fort de cette soirée et nombreux d’entre nous sont allés voir cette pièce en représentation la semaine suivante à Lons le Saunier. Cette pièce de théâtre nous intéresse car elle reprend les textes de sujets dits-autistes où nous suivons le discours à la lettre tant la chaîne est complexe. La mise en scène lie l’image et le signifiant. J’ai souhaité introduire dans ce compte-rendu un instantané de ce spectacle pour illustrer un phénomène précieux quand l’art tel un miroir inonde la scène sociale et bouscule les idées d’une société bien pensante.

Christine GUITON a proposé cet instantané où elle tente de nous restituer l’ambiance et la particularité de la mise en scène. « Les papotins ou la tâche de Mariotte : La tâche de Mariotte est le point aveugle de la rétine d’où part le nerf optique, qui donne de ce fait des points de vue différents. 4 Comédiens, 3 hommes, 1 femme. Un texte qui bouscule notre propre rapport au langage, sans tabou, direct, concret, à l’état brut. Des rituels : du bonjour avec le prénom et le serrement de main, des phrases qui reviennent comme celles de Carole qui invective la galère des transports en commun. Ils entrent chacun leur tour sur scène, se saluent, et s’assoient sur un banc dos au public. Ils sont face à un écran fait de cases multicolores, image pour le metteur en scène de la communication dans laquelle ces sujets sont soit absorbés, soit hors cadre, soit ils se suivent en passant d’une case à l’autre. Ils parlent au public, se promènent entre les fauteuils. Les spectateurs sont bousculés. Des interviews de personnalités politiques ou artistes nous sont dévoilées où les questions fusent sur, par exemple, le vouvoiement, le coiffeur d’un tel, la solitude, l’existence. Nous découvrons, pas à pas la singularité de trois hommes et une femme. Des musiques entrecoupent les différentes scènes, et donne un certain tempo sur le temps qui passe (Arthur H, NTM, Alain SOUCHON, Tom JONES, Nina SIMONE, BACH, et Rubin STEINER). Aucune imitation, c’est le texte qui prime. Cette pièce est touchante, ils sont ensembles et seuls à la fois dans ce qu’ils nous transmettent de leur vision du monde. Ils nous interrogent sur notre propre langage et communication ».

Cette pièce est loin des recommandations de bonnes conduites de l’HAS et montre trois hommes et une femme, atypiques certes, au prise avec le réel, qui se débrouillent tant bien que mal de leurs embrouilles.

Didier MATHEY a clos ce Forum. La discussion s’est orientée sur l’importance de promouvoir une approche qui prend en compte la singularité du sujet et accueille ses inventions, ses trouvailles pour faire face au réel qui l’occupe. La question du diagnostic s’est posée : nous a avons repéré l’effet apaisant d’une nomination à partir d’un diagnostic. La difficulté reste autour d’une certaine fixité qui impliquerait un côté immuable, difficile à assumer. Une interrogation a été soulevée : comment faire quand un sujet change de diagnostic, quand il change de classe du DSM ?

Notre soirée aura permis de regrouper des professionnels d’horizons divers et de croiser les différents discours. L’autisme est un sujet très complexe où les structures sont souvent mises à mal, les repères perturbés. C’est un sujet qui interroge la part d’autisme qu’il y a en chacun de nous et au sein des institutions, l’entre soi, qui quelque fois est à l’œuvre au travers d’un certain cloisonnement.

 

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